Pourquoi les courbes du carnet de santé ont-elles changé en 2018 ?
Parce que les précédentes dataient de mille neuf cent soixante-dix-neuf et reposaient sur cinq cent quatre-vingt-huit enfants suivis entre mille neuf cent cinquante-trois et mille neuf cent soixante-quinze, recrutés selon des critères qui parlent d'eux-mêmes : résidence à Paris, poids de naissance compris entre deux kilos et demi et quatre kilos sept, origine française. Les nouvelles références, dites AFPA-Inserm CRESS-CompuGroup Medical deux mille dix-huit, reposent sur cinq millions de mesures issues de deux cent soixante et un mille enfants de zéro à dix-huit ans, une approche par grandes données qui constituait une première mondiale pour construire des courbes de croissance. Le changement n'est donc pas cosmétique : c'est un passage de quelques centaines d'enfants parisiens des années cinquante à une population contemporaine.
Les courbes françaises sont-elles celles de l'OMS ?
Non, et l'affirmation inverse circule pourtant sur des calculateurs français, qui présentent les courbes du carnet comme alignées sur les références de l'Organisation mondiale de la santé. C'est l'exact opposé de la raison d'être du travail de deux mille dix-huit. Des publications scientifiques avaient montré que ni les anciennes courbes françaises ni celles proposées par l'Organisation mondiale de la santé n'étaient optimales pour suivre la croissance des enfants contemporains en France, et c'est précisément ce constat qui a conduit la Direction générale de la santé à commander de nouvelles références nationales. Autrement dit, les courbes de l'Organisation mondiale de la santé existent, elles sont utilisées ailleurs, mais le carnet de santé français ne s'appuie pas sur elles pour la taille et le poids.
Qu'est-ce que la taille cible parentale, et d'où vient-elle ?
C'est une estimation de la taille adulte attendue à partir de celle des deux parents, et son arrivée dans le carnet de santé a une raison précise. Les nouvelles courbes se situant nettement au-dessus des anciennes, le comité d'expertise a craint qu'elles ne conduisent à s'inquiéter de la croissance d'un nombre plus important d'enfants ; il a donc insisté pour que l'interprétation tienne compte de la taille des parents, et la formule a été ajoutée en haut des courbes de taille. Elle consiste à faire la moyenne des tailles du père et de la mère, puis à ajouter treize centimètres pour un garçon ou à en retrancher treize pour une fille. La variante consistant à diviser d'abord puis à ajouter six virgule cinq donne exactement le même résultat : ce sont deux écritures de la même opération, pas deux méthodes concurrentes.
Pourquoi cette page n'affiche-t-elle aucun percentile ?
Parce que le percentile dépend entièrement de la référence choisie, et que le choix ne peut pas être fait à votre place. À dix ans, la taille médiane d'une fille vaut cent trente-neuf virgule cinq centimètres sur les courbes actuelles contre cent trente-quatre virgule sept sur les précédentes : une même enfant mesurant cent trente-quatre centimètres se situait pile à la médiane hier et nettement en dessous aujourd'hui, sans avoir changé. Afficher un percentile suppose en outre de disposer des tables complètes de la référence retenue, et de savoir laquelle figure dans votre carnet. La lecture de la courbe appartient au carnet de santé lui-même et au professionnel qui suit l'enfant, qui dispose de l'historique des mesures — c'est-à-dire de la trajectoire, la seule chose qui compte vraiment.
Mon enfant est en dessous de la moyenne, faut-il s'inquiéter ?
Être en dessous de la médiane n'a rien d'anormal en soi : par construction, la moitié des enfants s'y trouvent. Ce que la surveillance de la croissance regarde n'est pas la position à un instant donné mais la régularité de la trajectoire, ce que les courbes appellent le couloir de croissance. Un enfant qui suit régulièrement le sien, même bas, ne pose pas la même question qu'un enfant qui change de couloir. C'est d'ailleurs pour cela que la taille des parents a été introduite dans l'interprétation : un enfant de parents petits n'est pas attendu au même endroit qu'un autre. Il reste que la taille cible n'est qu'une moyenne familiale, atteinte dans environ deux tiers des cas, et qu'une inquiétude sur la croissance se règle en consultation, avec le carnet, pas avec une page web.