Pourquoi la formule 220 moins l'âge est-elle critiquée ?
Parce que son origine est plus fragile que sa réputation. Elle a été popularisée dans les années soixante-dix à partir d'une compilation de données anciennes portant sur un effectif restreint, majoritairement masculin, et n'a jamais fait l'objet d'une dérivation statistique rigoureuse. Ses biais sont connus et systématiques : elle surestime la fréquence maximale des jeunes adultes et sous-estime celle des personnes de plus de cinquante ans. Un détail amusant explique peut-être sa longévité : autour de quarante ans, elle donne exactement le même résultat que la formule de Tanaka, considérée aujourd'hui comme la meilleure estimation générale. C'est précisément à l'âge moyen qu'elle se trompe le moins, ce qui a pu entretenir la confiance qu'on lui accorde.
Quelle formule faut-il choisir ?
Celle de Tanaka si vous n'en connaissez qu'une, mais le choix compte moins qu'on ne l'imagine. Publiée en deux mille un dans une revue de cardiologie, elle repose sur une méta-analyse de trois cent cinquante et une études rassemblant plus de dix-huit mille participants, ce qui en fait la mieux étayée pour l'adulte en bonne santé. Reste que l'écart entre les différentes formules, de l'ordre d'une dizaine à une vingtaine de battements selon l'âge, se situe dans le même ordre de grandeur que la dispersion entre individus. Autrement dit, on peut passer beaucoup de temps à départager des équations qui divergent moins que deux personnes du même âge. Choisir une formule mieux étayée est raisonnable ; en attendre une valeur personnelle ne l'est pas.
Une fréquence maximale élevée signifie-t-elle qu'on est en forme ?
Non, et c'est probablement le contresens le plus répandu à son sujet. La fréquence cardiaque maximale décrit la vitesse que la pompe peut atteindre, pas la quantité d'oxygène que l'organisme sait traiter — elle est indépendante de la consommation maximale d'oxygène. Une personne de quarante ans dont le maximum se situe à deux cents battements n'est pas plus entraînée qu'une autre du même âge à cent quatre-vingts. Deuxième conséquence, souvent surprenante : l'entraînement ne l'augmente pas. Ce qui change avec l'entraînement, c'est la fréquence de repos, qui baisse, et le volume de sang éjecté à chaque battement, qui augmente. La fréquence maximale, elle, dépend surtout de l'âge et de la génétique.
Peut-on connaître sa vraie fréquence maximale ?
Seule une mesure lors d'un effort maximal donne une valeur individuelle, et c'est précisément ce qui rend la question délicate. Un test d'effort réalisé en milieu médical, encadré et surveillé, fournit cette valeur en même temps qu'il examine le comportement du cœur à l'effort — c'est la voie recommandée, et elle passe par un médecin. Pousser seul jusqu'à l'épuisement pour lire un chiffre sur une montre est une autre affaire, qui ne s'improvise pas. Les recommandations françaises invitent à consulter avant d'utiliser la fréquence cardiaque pour guider un entraînement en cas de douleur thoracique, d'essoufflement anormal, de vertiges, de palpitations inhabituelles, de maladie chronique, de grossesse ou d'âge avancé. En dehors de ces situations, une estimation suffit largement pour la plupart des usages.
Que faire si on dépasse la valeur estimée ?
Rien de particulier, si ce n'est en tirer la conclusion logique. Dépasser une fréquence maximale estimée signifie simplement que votre maximum réel est plus haut que ce que la formule prévoyait — ce qui arrive à une personne sur trois au-delà de dix battements. Il ne s'agit pas d'une limite à ne pas franchir mais d'une prédiction statistique, et rien n'oblige à s'arrêter à un chiffre calculé. Une nuance mérite toutefois d'être posée : cela vaut pour une personne sans maladie cardiovasculaire connue. Une fréquence anormalement élevée accompagnée d'un malaise, d'une douleur thoracique, d'un essoufflement disproportionné ou de palpitations n'est pas un problème d'arithmétique et justifie un avis médical.