Faut-il remettre le membre dans l'axe ?
Non, jamais. Chercher à réaligner un membre déformé peut léser des vaisseaux et des nerfs qui se trouvent au niveau du foyer de fracture, et transformer une fracture simple en fracture compliquée. On immobilise dans la position où l'on trouve le membre, telle quelle, même si elle paraît anormale — c'est précisément là que la tentation est la plus forte et l'erreur la plus coûteuse.
Une fracture ouverte qui saigne : faut-il comprimer la plaie ?
Non, et c'est l'exception à tout ce qu'on sait par ailleurs sur les saignements. Appuyer directement sur une plaie qui laisse voir un foyer de fracture risque d'aggraver la lésion. La compression se fait à distance de la plaie, et le reste — couvrir avec un tissu propre, ne rien retirer, ne rien laver — attend les secours. Signalez-le clairement au téléphone : cela change la conduite qu'on vous indiquera.
Comment savoir si c'est une fracture ou une entorse ?
Vous ne pouvez pas trancher, et ce n'est pas votre rôle : seule une radiographie le fait. Certains éléments orientent — une déformation visible, un craquement entendu, l'impossibilité totale de poser le pied ou de se servir du membre — mais une entorse grave peut faire aussi mal qu'une fracture, et une fracture peut rester discrète. La conduite prudente est la même dans les deux cas : immobiliser et faire examiner.
Que faut-il surveiller en attendant les secours ?
Les extrémités, au-delà de la zone blessée : la couleur des doigts ou des orteils, leur sensibilité, et la possibilité de les bouger un peu. Un changement signale une compression des vaisseaux ou des nerfs et doit être signalé sans attendre. Pensez aussi à délacer une chaussure que vous ne pouvez pas retirer : le gonflement qui s'installe la transforme en garrot involontaire.
Peut-on déplacer la personne pour l'installer mieux ?
Pas si une douleur au dos ou au cou existe, ni si elle n'arrive pas à bouger ses doigts ou ses orteils — ces éléments évoquent une atteinte de la colonne et le déplacement expose à une paralysie. Dans ces cas, on reste auprès d'elle, on la rassure, on lui demande de ne pas bouger, et on attend. Le confort passe après, et il ne justifie jamais une mobilisation.