Pourcentage de FC maximale ou méthode de Karvonen : quelle différence ?
La première multiplie simplement la fréquence maximale par un pourcentage. La seconde part de la fréquence de repos et applique le pourcentage à ce qui sépare le repos du maximum, ce qu'on appelle la fréquence cardiaque de réserve. Karvonen tient donc compte d'une donnée que l'autre ignore complètement : deux personnes ayant la même fréquence maximale mais des fréquences de repos différentes obtiendront les mêmes zones avec la première méthode, et des zones différentes avec la seconde. L'écart entre les deux n'est pas anecdotique. Pour une personne dont le maximum est de cent quatre-vingts et le repos de soixante, une intensité annoncée à soixante pour cent correspond à cent huit battements dans un cas et à cent trente-deux dans l'autre — vingt-quatre battements de différence pour le même chiffre affiché.
Pourquoi l'écart est-il plus grand aux basses intensités ?
Parce qu'il vaut exactement la fréquence de repos multipliée par ce qui reste sous cent pour cent. La démonstration tient en une ligne : la méthode de Karvonen donne le repos plus le pourcentage de la réserve, l'autre donne le pourcentage du maximum, et la soustraction des deux laisse la fréquence de repos multipliée par un moins le pourcentage. À cinquante pour cent, l'écart vaut donc la moitié de la fréquence de repos ; à quatre-vingt-dix pour cent, un dixième ; à cent pour cent, il devient nul et les deux méthodes se rejoignent. C'est une conséquence gênante : la divergence est maximale exactement là où se déroule l'essentiel du volume d'entraînement, dans les zones basses, et elle disparaît là où l'on s'entraîne le moins.
Laquelle des deux faut-il utiliser ?
Karvonen est généralement considérée comme la plus individualisée, puisqu'elle intègre une donnée mesurable et propre à chacun. Mais deux réserves s'imposent. D'abord, elle hérite entièrement de l'incertitude sur la fréquence maximale, qui reste dans la plupart des cas une estimation : raffiner le calcul ne corrige pas une entrée approximative. Ensuite, ce qui compte le plus est la cohérence — utiliser toujours la même méthode, sans quoi les séances ne se comparent plus d'une semaine à l'autre. Un point pratique mérite d'être connu : les montres et applications n'annoncent pas toujours quelle méthode elles emploient, ce qui suffit à expliquer que deux appareils placent la même séance dans deux zones différentes.
Les zones sont-elles des frontières précises ?
Non, et deux incertitudes se superposent ici. La première vient de la fréquence maximale elle-même : lorsqu'elle est estimée par une formule, une personne sur trois s'écarte de plus de dix battements de la valeur calculée. La seconde vient du choix de méthode, qui déplace les seuils de plusieurs dizaines de battements dans les zones basses. Additionnées, ces deux sources font qu'une limite de zone annoncée au battement près donne une précision que rien ne justifie. Les zones décrivent des intentions d'entraînement — récupérer, construire de l'endurance, travailler au seuil — plutôt que des états physiologiques séparés par une frontière nette. Passer de cent trente-neuf à cent quarante et un battements ne fait pas basculer l'organisme dans un autre régime.
Comment s'orienter sans cardiofréquencemètre ?
Par la capacité à parler, et ce repère a l'avantage d'échapper aux deux incertitudes précédentes. En endurance fondamentale, on tient une conversation par phrases complètes sans être essoufflé. Au-dessus, on ne place plus que quelques mots à la fois. Au seuil, la parole devient difficile et se réduit à des monosyllabes. Ce test est gratuit, immédiat, et il mesure directement la contrainte réelle plutôt qu'un pourcentage calculé à partir d'une estimation. Il a aussi le mérite d'intégrer spontanément ce qu'aucune formule ne voit : la fatigue du jour, la chaleur, l'altitude ou une nuit trop courte modifient la fréquence cardiaque à effort égal, et le test de la parole s'ajuste tout seul.