L'IMC est-il fiable si je suis très musclé ?
Non, et c'est la limite la plus connue de cet indice. L'IMC ne fait qu'un rapport entre le poids et la taille : il ne distingue pas un kilo de muscle d'un kilo de graisse, ni ne sait où cette masse est répartie. Une personne très musclée peut donc se retrouver classée en surpoids, voire en obésité, sans excès de masse grasse. Le phénomène est bien décrit chez les rugbymen, les haltérophiles et les sportifs de force. L'inverse existe aussi et attire moins l'attention : une personne peu musclée peut afficher un IMC dit normal tout en ayant une masse grasse élevée, situation parfois appelée obésité de poids normal. C'est précisément pour cela que le tour de taille apporte une information que l'IMC ne contient pas, et que les deux se lisent ensemble.
Quels seuils de tour de taille s'appliquent en France ?
Les seuils utilisés en France sont ceux retenus pour les populations européennes : à partir de quatre-vingt-quatorze centimètres chez l'homme et de quatre-vingts centimètres chez la femme, le risque cardiométabolique est considéré comme augmenté ; à partir de cent deux et de quatre-vingt-huit centimètres respectivement, il est considéré comme élevé. Ce détail mérite attention car les valeurs diffèrent selon les populations : certaines recommandations internationales retiennent des seuils plus bas pour les populations d'Asie du Sud ou d'Amérique du Sud, à taille égale, parce que le risque associé à la graisse abdominale y apparaît à des mesures moindres. Une valeur trouvée sur un site étranger ne s'applique donc pas mécaniquement ici.
L'IMC change-t-il de signification avec l'âge ?
Les seuils restent les mêmes, mais leur interprétation se déplace, surtout après soixante-dix ans. Avec l'âge, la masse musculaire diminue et la répartition des graisses se modifie, si bien qu'un IMC identique ne recouvre plus la même composition corporelle à trente et à soixante-quinze ans. Chez les personnes âgées, plusieurs travaux observent qu'un IMC légèrement supérieur à la fourchette dite normale s'accompagne d'une mortalité plus faible, et c'est plutôt la maigreur et la perte de masse musculaire qui inquiètent. À l'inverse, une perte de poids involontaire chez une personne âgée est un signal à prendre au sérieux, indépendamment du chiffre de départ. Pour cette tranche d'âge, la tendance dans le temps informe davantage qu'une mesure isolée.
Puis-je utiliser l'IMC pendant une grossesse ou pour un enfant ?
Non dans les deux cas, et pour des raisons différentes. Pendant la grossesse, la prise de poids attendue fait partie du déroulement normal ; appliquer la grille adulte n'a pas de sens et l'IMC de référence utilisé en suivi de grossesse est celui d'avant la conception. Chez l'enfant et l'adolescent, la corpulence varie fortement avec l'âge et le sexe, et un IMC brut ne se compare pas aux seuils adultes. En France, le suivi repose sur la courbe de corpulence du carnet de santé, qui utilise les références de l'International Obesity Task Force à partir de deux ans, avec les seuils dits IOTF-25 pour le surpoids et IOTF-30 pour l'obésité. La Haute Autorité de Santé recommande de suivre cette courbe dans le temps plutôt que de s'arrêter à une valeur isolée.
À quelle fréquence cela vaut-il la peine de recalculer ?
Beaucoup moins souvent qu'on ne le croit, parce que l'IMC bouge lentement et que le mesurer tous les jours n'apprend rien d'utile. Le poids corporel varie couramment de un à deux kilos d'un jour à l'autre selon l'hydratation, le contenu digestif et, chez la femme, le moment du cycle : ces oscillations dépassent largement ce qu'une évolution réelle produit en quelques jours. Un intervalle de plusieurs semaines à quelques mois donne une lecture bien plus informative, et c'est la direction de la courbe qui compte, pas la valeur du jour. Il existe une exception : une variation rapide et non recherchée, dans un sens ou dans l'autre, mérite un avis médical sans attendre le prochain calcul.