Cette méthode mesure-t-elle vraiment la graisse ?
Non, elle la déduit de la forme du corps, et la nuance est importante. La méthode repose sur une équation statistique établie en mille neuf cent quatre-vingt-quatre à partir d'un échantillon de militaires américains dont la composition corporelle avait été mesurée par pesée hydrostatique. L'équation retient les circonférences qui prédisaient le mieux ce résultat, puis s'applique à d'autres personnes. Vous n'obtenez donc pas une mesure mais une prédiction, valable dans la mesure où votre morphologie ressemble à celle de l'échantillon d'origine. Pour quelqu'un dont la répartition des masses s'en éloigne nettement, culturiste, personne très âgée ou morphologie atypique, l'écart peut dépasser largement la marge annoncée. C'est le prix d'une méthode qui ne demande qu'un mètre ruban.
Pourquoi mon résultat diffère-t-il de celui de ma balance à impédance ?
Parce que les deux approches se trompent différemment, et qu'aucune ne détient la vérité. La balance à impédancemétrie fait passer un courant imperceptible et déduit la composition de la résistance rencontrée, laquelle dépend fortement de l'hydratation : un même corps mesuré au réveil, après un repas ou après une séance de sport peut afficher plusieurs points d'écart dans la même journée. La méthode des circonférences, elle, ignore complètement l'hydratation mais dépend de la pose du mètre. Les balances grand public utilisent en outre des algorithmes propriétaires non publiés, ce qui rend leurs résultats incomparables d'une marque à l'autre. La conclusion pratique est de choisir une méthode et de s'y tenir, plutôt que de chercher laquelle a raison.
Quelle est la marge d'erreur exactement ?
De l'ordre de trois à quatre points de pourcentage par rapport aux méthodes de référence, pour la majorité des gens. Ce chiffre mérite d'être traduit concrètement : une estimation à vingt-deux pour cent signifie que la valeur réelle se situe probablement entre dix-huit et vingt-six pour cent, ce qui peut recouvrir deux zones de référence différentes. Cette marge est celle du modèle lui-même ; s'y ajoute l'erreur de mesure, puisqu'un centimètre de différence sur le tour de taille déplace le résultat de l'ordre de trois quarts de point, davantage chez les personnes minces. C'est précisément pour cela que cette page affiche une fourchette plutôt qu'un chiffre seul : le chiffre unique donnerait une impression de précision que la méthode ne possède pas.
Existe-t-il un taux de masse grasse idéal ?
Il existe un plancher physiologique, mais pas de cible idéale, et les deux notions sont souvent confondues. Le plancher est réel : une part de la masse grasse est structurelle, présente dans le système nerveux, les membranes cellulaires et autour des organes, et descendre en dessous compromet des fonctions vitales, avec chez la femme des conséquences hormonales qui apparaissent tôt. Au-dessus de ce plancher, en revanche, les grilles que l'on trouve partout, athlète, forme, moyenne, sont des conventions issues du monde du fitness, pas des seuils établis sur des résultats de santé à long terme. Elles n'ont pas le statut des seuils d'indice de masse corporelle, qui reposent sur des données de mortalité et de morbidité. Les traiter comme des objectifs revient à leur prêter une autorité qu'elles n'ont pas.
Le suivi dans le temps est-il plus fiable que la valeur absolue ?
Nettement, et c'est le meilleur usage de cette méthode. L'erreur d'une équation de prédiction est en grande partie systématique : si elle vous surestime de trois points aujourd'hui, elle vous surestimera d'environ autant dans deux mois. Cette erreur s'annule donc largement quand on compare deux mesures d'une même personne, alors qu'elle demeure entière quand on compare la valeur à une grille ou à quelqu'un d'autre. Trois conditions rendent le suivi exploitable : mesurer aux mêmes endroits, dans les mêmes conditions, de préférence le matin, et espacer les mesures d'au moins quatre à six semaines. En dessous de cet intervalle, ce que vous observez est du bruit de mesure, pas une évolution.