Peut-on mesurer ses plis cutanés soi-même ?
Mal, et pour deux raisons distinctes. La première est mécanique : plusieurs sites sont difficiles ou impossibles à pincer correctement sur soi-même, notamment le pli suprailiaque et celui de la cuisse, où le geste demande de saisir un pli franc d'une main tout en posant la pince de l'autre. La seconde tient à l'apprentissage : isoler la peau et le tissu graisseux sans emporter de muscle, attendre le bon délai avant de lire, retrouver exactement le même point d'une fois sur l'autre, tout cela s'acquiert avec de la pratique encadrée. Un écart de deux centimètres sur le repère suprailiaque suffit à déplacer sensiblement le résultat. Si quelqu'un vous a pris ces mesures, cette page les convertit ; s'il s'agit de mesures prises seul devant un miroir, le calcul reposera sur des données peu fiables.
Pourquoi passer par une densité corporelle ?
Parce que la méthode enchaîne deux modèles distincts, et que chacun apporte son erreur. Les équations de Jackson et Pollock ne prédisent pas un pourcentage de graisse : elles prédisent la densité moyenne du corps, à partir de laquelle une seconde équation déduit la proportion de masse grasse. Cette architecture vient de la méthode de référence de l'époque, la pesée hydrostatique, qui mesurait précisément une densité. L'enchaînement a une conséquence pratique rarement expliquée : deux personnes utilisant les mêmes plis peuvent afficher des pourcentages différents simplement parce qu'elles n'ont pas retenu la même équation de conversion. Cette page affiche donc la densité intermédiaire, afin que l'étape intermédiaire soit visible plutôt que dissimulée dans un chiffre final.
Faut-il retenir Siri ou Brozek ?
Siri par convention, mais l'écart entre les deux mérite d'être compris plutôt que tranché. Les deux équations reposent sur le même modèle à deux compartiments, qui suppose des densités fixes pour la masse grasse et pour la masse non grasse. C'est précisément cette seconde hypothèse qui pose problème : la densité de la masse non grasse dépend de la minéralisation osseuse, de l'hydratation et de la masse musculaire, autant de paramètres qui varient avec l'âge, l'entraînement et l'origine. Les deux formules se croisent autour d'une densité de un virgule zéro six, puis divergent en sens inverse de part et d'autre : Siri rend des valeurs plus élevées chez les personnes les plus grasses et plus basses chez les plus maigres. L'écart reste modeste : il atteint environ deux points du côté des densités basses et un peu plus d'un point du côté des densités élevées, soit nettement moins que l'erreur type de la méthode.
Pourquoi l'âge entre-t-il dans l'équation ?
Parce que la part de graisse située juste sous la peau diminue avec les années, alors que c'est la seule que la pince peut atteindre. Avec l'âge, la répartition se déplace vers la graisse profonde, autour des organes, si bien qu'une même épaisseur de pli correspond à une quantité totale de tissu adipeux plus importante à cinquante ans qu'à vingt. L'équation intègre donc l'âge pour corriger ce glissement. L'effet est loin d'être négligeable : pour une somme de plis identique, le résultat augmente d'environ un point et sept dixièmes tous les quinze ans. Cela signifie aussi qu'une erreur sur l'âge saisi déplace directement le résultat, et que la méthode suppose implicitement que ce glissement se produit au même rythme chez tout le monde.
Trois plis ou sept plis ?
Sept si quelqu'un de formé les prend, trois dans la plupart des situations réelles. La version à sept sites est le protocole d'origine, et la version à trois en est la forme abrégée : les trois sites retenus sont ceux qui portaient le plus de poids prédictif dans l'échantillon initial. Ajouter des sites réduit un peu l'erreur du modèle, mais chaque site supplémentaire ajoute aussi sa propre erreur de mesure, si bien que le gain n'est réel que si tous les plis sont pris avec la même rigueur. En pratique, trois mesures soignées valent mieux que sept approximatives. Quel que soit le protocole, l'erreur type annoncée par les auteurs face à la pesée hydrostatique était d'environ trois points et demi de pourcentage, ce qui reste la limite dominante.