Quelle formule de surface corporelle choisir ?
Celle de Mosteller pour l'usage courant, essentiellement parce qu'elle est la plus simple sans être moins juste. Publiée en mille neuf cent quatre-vingt-sept, elle se réduit à une racine carrée que l'on peut poser de tête, là où les autres empilent des exposants fractionnaires. Plus de quarante équations ont été proposées depuis la fin du dix-neuvième siècle, et sur la plage des adultes de corpulence courante l'écart entre elles se situe le plus souvent entre un et deux pour cent, ce qui rend le choix pratiquement indifférent. La question ne redevient intéressante qu'aux extrêmes, très faible ou très fort poids, où les écarts se creusent. Une remarque vaut pour tout usage clinique : ce qui compte alors n'est pas la meilleure formule dans l'absolu, mais celle qu'utilise le protocole ou le service concerné, afin que les valeurs restent comparables.
À quoi sert réellement la surface corporelle ?
À rapporter une grandeur physiologique à la dimension du corps, dans quelques situations bien précises. Elle sert d'abord à indexer le débit cardiaque, qui devient alors l'index cardiaque, et le débit de filtration glomérulaire, exprimé par convention pour une surface de référence. Elle sert aussi à évaluer l'étendue d'une brûlure, à calculer certains volumes de perfusion en pédiatrie, et à déterminer des doses de chimiothérapie exprimées en milligrammes par mètre carré. En dehors de ce périmètre, elle n'a pas d'intérêt pour un particulier : contrairement à l'indice de masse corporelle ou au tour de taille, elle ne renseigne sur aucun risque de santé et ne se compare à aucun seuil. C'est un dénominateur de calcul, pas un indicateur.
D'où vient le fameux 1,73 mètre carré ?
De la surface corporelle moyenne d'hommes et de femmes de vingt-cinq ans aux États-Unis dans les années mille neuf cent vingt, estimée à partir de mesures de candidats à une assurance vie. Ce chiffre a été retenu comme surface de référence pour exprimer le débit de filtration glomérulaire, et il figure encore aujourd'hui dans chaque résultat d'analyse rendu en millilitres par minute pour un virgule soixante-treize mètre carré. Une revue historique de deux mille sept le qualifie d'essentiellement arbitraire et souligne qu'il ne correspond plus aux populations occidentales actuelles, dont la surface moyenne est nettement supérieure. Son auteur recommande néanmoins de le conserver, non parce qu'il serait juste, mais parce que le changer romprait la comparabilité avec un siècle de mesures antérieures.
Doser une chimiothérapie sur la surface corporelle, est-ce solide ?
C'est une pratique héritée des années mille neuf cent cinquante, largement utilisée et discutée depuis longtemps dans la littérature spécialisée. L'idée de départ était de tenir compte de la taille du corps plutôt que d'administrer une dose identique à tous, ce qui constituait un progrès réel. La critique porte sur le fait que la surface corporelle prédit imparfaitement la façon dont un organisme élimine une molécule donnée, celle-ci dépendant aussi de la fonction du foie, de celle des reins, de facteurs génétiques et de la composition corporelle. Selon les médicaments, d'autres approches sont utilisées, comme le dosage au poids, à dose fixe, ou guidé par une mesure de concentration. Ce débat appartient aux équipes qui prescrivent : cette page ne calcule aucune dose et n'a pas vocation à en discuter une.
Les formules divergent-elles beaucoup entre elles ?
Presque pas au milieu de la plage, franchement aux extrémités, et cette asymétrie est instructive. Pour un adulte de corpulence courante, l'écart entre les quatre équations les plus utilisées avoisine un à deux pour cent et dépasse rarement cinq, ce qui reste sans conséquence pratique. En revanche, à mesure que le poids s'éloigne des valeurs sur lesquelles elles ont été ajustées, les courbes se séparent : chez une personne d'un mètre soixante-quinze pour cent soixante kilos, l'équation de Du Bois rend une valeur inférieure de près de six pour cent à celle de Mosteller, et l'écart entre la plus haute et la plus basse des quatre atteint neuf pour cent. La raison est historique, cette équation ayant été construite en mille neuf cent seize à partir de neuf sujets seulement, dont aucun ne présentait une forte corpulence. Aux très faibles poids, l'écart se creuse en sens inverse.