Qu'apporte ce rapport par rapport au tour de taille seul ?
Il ajoute une information sur la graisse des hanches et des cuisses, qui n'a pas le même statut que la graisse abdominale. Le tissu adipeux situé dans la partie basse du corps semble se comporter de façon plus inerte sur le plan métabolique, et sa présence relative apparaît plutôt favorable dans les données de population. Diviser le tour de taille par le tour de hanches revient donc à comparer une réserve défavorable à une réserve neutre ou protectrice, ce que le tour de taille seul ne fait pas. Ce gain a toutefois un prix : le rapport exige une seconde mesure, dont le protocole est moins standardisé, ce qui ajoute une source d'erreur. Et il devient insensible à la taille absolue des deux circonférences, limite développée dans la question suivante.
Pourquoi un même rapport peut-il décrire des corps très différents ?
Parce qu'une division efface l'échelle, et c'est la limite structurelle de tout indicateur construit comme un rapport. Quatre-vingts centimètres de taille pour cent de hanches donne zéro virgule quatre-vingts. Quatre-vingt-seize centimètres de taille pour cent vingt de hanches donne exactement la même valeur, alors que seize centimètres de tour de taille séparent les deux situations. Le rapport ne voit que la proportion, jamais la quantité, si bien qu'il peut rester stable pendant qu'une personne prend du volume partout, ou se dégrader parce qu'une fonte musculaire des cuisses a réduit le tour de hanches sans qu'aucune graisse abdominale ne se soit ajoutée. C'est la raison pour laquelle il se lit avec le tour de taille en centimètres, et non à sa place.
Où mesurer exactement le tour de hanches ?
À l'endroit le plus large des fessiers, avec le mètre parallèle au sol, selon le protocole de mesure de l'Organisation mondiale de la santé. Cette définition paraît simple mais elle est moins précise que celle du tour de taille, qui s'appuie sur deux repères osseux identifiables, la dernière côte palpable et le sommet de la crête iliaque. Chercher le point le plus large relève au contraire de l'appréciation, ce qui explique une reproductibilité inférieure entre deux personnes qui mesurent, et même entre deux mesures successives. Trois précautions limitent la dérive : se tenir debout, pieds joints, sans vêtement épais ; ne pas comprimer les tissus ; et refaire la mesure au même endroit d'une fois sur l'autre, ce qui compte davantage que d'avoir trouvé le point parfait.
Les silhouettes « pomme » et « poire » veulent-elles dire quelque chose ?
Elles décrivent une tendance réelle, mais les traiter comme deux catégories fausse la réalité. La répartition des graisses varie de façon continue d'une personne à l'autre, et il n'existe aucune frontière naturelle séparant deux types de corps : le seuil de l'OMS est une convention posée sur ce continuum pour organiser des messages de santé publique, exactement comme les bornes de l'indice de masse corporelle. S'ajoute que ces images renvoient à une apparence, alors que ce qui compte est la localisation d'un tissu, en partie invisible de l'extérieur, puisque la graisse viscérale entoure les organes. Deux personnes de silhouette comparable peuvent en avoir des quantités très différentes, ce qu'aucune métaphore fruitière ne peut rendre.
Le rapport évolue-t-il à la ménopause ?
Oui, et c'est l'une des situations où ce rapport devient particulièrement informatif. La baisse des œstrogènes s'accompagne d'un déplacement de la répartition des graisses, de la zone des hanches et des cuisses vers la zone abdominale. Le rapport peut donc augmenter sans que le poids ait changé, puisque ce n'est pas la quantité totale de tissu adipeux qui se modifie mais son emplacement. Cette bascule échappe complètement à la balance, et en grande partie à l'indice de masse corporelle, ce qui rend le suivi du rapport dans le temps plus utile à cette période qu'une comparaison isolée à un seuil. La conséquence pratique est simple : c'est une évolution attendue et non un échec personnel, mais elle mérite d'être mentionnée en consultation, car elle modifie le profil de risque.