Quel matériel faut-il pour mesurer un somatotype ?
Un équipement d'anthropométrie que pratiquement personne ne possède chez soi, et c'est la limite pratique la plus immédiate de cette méthode. Outre une pince à plis et un mètre ruban, il faut un pied à coulisse à branches courbes pour mesurer la largeur des épicondyles de l'humérus et du fémur, c'est-à-dire l'épaisseur osseuse au niveau du coude et du genou. Ces deux mesures pèsent lourd dans la composante mésomorphique et ne peuvent pas être approchées avec une règle ou un mètre souple, car il s'agit de saisir un os entre deux branches en exerçant une pression ferme. En pratique, un somatotype se relève dans un laboratoire de performance, un service de médecine du sport ou une structure de recherche, par une personne formée aux standards internationaux d'évaluation anthropométrique.
Le somatotype dit-il quelque chose sur la santé ?
Non, et il ne prétend pas le faire. C'est une description morphologique, née en anthropologie et utilisée aujourd'hui surtout en sciences du sport, où elle sert à caractériser des profils de pratiquants par discipline ou par poste de jeu. Aucune des trois composantes ne se compare à un seuil de risque, aucune ne figure dans une recommandation de santé publique, et aucune ne permet de conclure quoi que ce soit sur la tension artérielle, le bilan biologique ou le devenir d'une personne. La composante endomorphique renseigne sur l'adiposité relative, mais moins directement qu'un tour de taille, qui demande une seule mesure. Le somatotype décrit une forme à un instant donné, ce qui est un objectif légitime, simplement différent.
Est-ce la même chose que les types morphologiques des programmes de nutrition ?
Non, et la confusion vient d'un héritage que la méthode actuelle a précisément voulu abandonner. Les mots endomorphe, mésomorphe et ectomorphe proviennent des travaux de William Sheldon dans les années mille neuf cent quarante, qui soutenait que la forme du corps était liée au tempérament et au caractère. Cette prétention n'a jamais résisté à l'examen et a été abandonnée. Heath et Carter ont reconstruit la méthode en mille neuf cent soixante-sept pour en faire une description strictement morphologique, débarrassée de toute inférence psychologique. Ce que l'on trouve aujourd'hui sous l'appellation de type morphologique dans les programmes d'entraînement ou d'alimentation reprend le vocabulaire de Sheldon, en range chacun dans une des trois cases, alors que la méthode scientifique produit trois chiffres simultanés et refuse justement de classer.
Peut-on changer de somatotype ?
Deux composantes bougent, la troisième beaucoup moins, ce qui rend la question moins simple qu'elle n'en a l'air. L'endomorphie dépend de l'épaisseur des plis cutanés et se modifie donc avec l'adiposité. La mésomorphie repose sur les circonférences corrigées et sur la largeur des os : les circonférences évoluent avec la masse musculaire, mais les largeurs osseuses ne changent pas à l'âge adulte, ce qui pose une limite haute. L'ectomorphie, elle, dérive du rapport entre la taille et la racine cubique du poids : la taille étant fixe, elle ne bouge qu'à travers le poids, et pas dans la direction que l'on espère généralement, puisque prendre du poids la fait baisser. Un somatotype se déplace donc sur la somatocarte, mais dans une zone contrainte par le squelette.
Pli supraspinal ou pli de la crête iliaque ?
Le supraspinal, et cette précision compte davantage qu'il n'y paraît. Les deux sites sont voisins et régulièrement confondus, y compris dans des travaux publiés, alors qu'ils ne se prennent pas au même endroit : le pli supraspinal se relève en diagonale au-dessus de l'épine iliaque antéro-supérieure, en suivant la ligne allant vers l'aisselle, tandis que le pli de la crête iliaque se prend plus haut et plus en arrière. Une étude s'est spécifiquement penchée sur cette substitution et a montré qu'elle produit des épaisseurs différentes, ce qui décale ensuite l'endomorphie calculée. Autrement dit, deux laboratoires appliquant la même équation peuvent obtenir des composantes différentes simplement parce qu'ils n'ont pas pincé le même endroit.