Pourquoi la fourchette est-elle aussi large ?
Parce que la taille des parents ne détermine qu'une partie de la taille finale, et que la formule est honnête sur ce point même si les sites qui l'utilisent ne le sont pas toujours. La taille adulte est fortement héritable, de l'ordre de soixante-quinze à quatre-vingts pour cent selon les études de jumeaux, mais l'héritabilité désigne la part de variation expliquée par la génétique dans une population, pas la capacité à prédire un individu à partir de deux mesures. La formule de Tanner elle-même n'explique qu'environ trente-six à quarante pour cent de la variation observée. La fourchette de plus ou moins huit centimètres et demi couvre environ quatre-vingt-quinze pour cent des enfants en bonne santé, ce qui représente une amplitude de dix-sept centimètres. Un chiffre unique annoncé au centimètre près masque cette réalité.
La constante de 13 cm convient-elle à la population française ?
C'est une moyenne, et elle fait l'objet de discussions en France. Ce nombre représente l'écart moyen de taille entre hommes et femmes adultes, et il est utilisé tel quel dans la formule d'origine publiée en mille neuf cent soixante-dix. Un support d'enseignement de l'endocrinologie française considère qu'il surestime la taille cible des garçons et sous-estime celle des filles dans notre population, où l'écart entre sexes serait plutôt de douze centimètres. Les tailles mesurées par l'étude Esteban de Santé publique France, cent soixante-quinze virgule six centimètres chez les hommes et cent soixante-deux virgule cinq chez les femmes, donnent quant à elles un écart proche de treize. Cette page conserve donc la constante d'origine, tout en signalant que le débat existe et que l'écart en jeu, de l'ordre d'un demi-centimètre sur le résultat, reste très inférieur à la fourchette.
Existe-t-il une méthode plus précise ?
Oui, et cette page ne la met délibérément pas en œuvre. La méthode de Khamis et Roche, publiée dans Pediatrics en mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, ajoute à la taille des parents l'âge, la taille et le poids actuels de l'enfant, et atteint une erreur médiane nettement inférieure à celle de la formule de Tanner. Elle repose cependant sur des tables de coefficients variant selon l'âge et le sexe, que nous ne pouvons pas reproduire ici avec la certitude qu'exige un outil de santé. Plutôt que de publier des coefficients approximatifs qui donneraient une fausse impression de précision, nous préférons signaler l'existence de cette méthode. Les radiographies de l'âge osseux permettent des prédictions encore plus fines, mais relèvent d'une prescription médicale et d'une indication précise.
La courbe du carnet de santé prédit-elle mieux ?
Elle prédit mieux et surveille mieux, ce qui en fait l'outil réellement utile. Un enfant qui suit régulièrement un même couloir de croissance depuis plusieurs années termine en général au voisinage de ce couloir à l'âge adulte, information que deux tailles parentales ne contiennent pas. Surtout, la courbe montre quelque chose que la formule ignore complètement : la régularité du parcours. Un ralentissement net ou une cassure de la courbe, c'est-à-dire un enfant qui change de couloir vers le bas, constitue un signal à faire évaluer sans attendre, indépendamment de toute prévision de taille finale. C'est le motif principal pour lequel les tailles sont reportées à chaque consultation, et c'est aussi pourquoi une estimation issue de cette page ne remplace jamais un carnet de santé tenu à jour.
Les grands-parents comptent-ils dans la taille d'un enfant ?
Oui, biologiquement, alors que la formule les ignore complètement, et cette contradiction explique une partie de la largeur de la fourchette. La taille est un caractère polygénique auquel contribuent des centaines de variants génétiques, chacun pour quelques millimètres. Un enfant reçoit la moitié de son patrimoine de chaque parent, mais le tirage est aléatoire : il peut hériter d'une combinaison plus favorable ou moins favorable que celle exprimée par ses parents, y compris des variants venus des grands-parents et non manifestés à la génération intermédiaire. C'est ce que l'on constate quand un enfant dépasse nettement ses deux parents ou reste plus petit, sans qu'aucune anomalie ne soit en cause. La formule ne peut modéliser que la moyenne parentale, jamais ce tirage.