Pourquoi deux Nutri-Score peuvent-ils coexister en rayon ?
Parce que le changement d'algorithme s'accompagne d'un délai laissé aux entreprises pour refaire leurs emballages. L'algorithme révisé est entré en vigueur au premier janvier deux mille vingt-quatre en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse. La France a pris son arrêté plus tard, en mars deux mille vingt-cinq, en accordant aux entreprises déjà engagées un délai de vingt-quatre mois pour mettre à jour leur étiquetage. Pendant toute cette période, deux versions du logo circulent légalement côte à côte sur les mêmes rayons. Un logo portant la mention nouveau calcul peut signaler les produits déjà passés au nouvel algorithme, mais il n'est pas obligatoire, si bien que l'absence de cette mention ne garantit pas qu'un produit relève de l'ancienne version.
Qu'est-ce qui a changé avec le nouvel algorithme ?
La structure du calcul reste la même, mais plusieurs réglages ont été durcis et une composante a été ajoutée. Le score demeure la différence entre une composante négative, qui compte l'énergie, les acides gras saturés, les sucres et le sel, et une composante positive fondée sur les fibres, les protéines et la part de fruits et légumes. Les seuils des sucres et du sel sont devenus plus stricts, les fibres pèsent davantage, et une nouvelle pénalité de quatre points s'applique en présence d'édulcorants, afin de ne pas encourager leur usage. La composante fruits et légumes a été resserrée : elle ne retient plus que les fruits, les légumes, les légumineuses et les herbes, excluant désormais les fruits à coque et les huiles de colza, de noix et d'olive. Les boissons lactées et végétales ont par ailleurs basculé dans la grille des boissons.
Peut-on comparer deux produits de catégories différentes ?
Le logo le permet techniquement, mais l'exercice perd beaucoup de sens, et pour deux raisons distinctes. La première tient à ce que le score se calcule pour cent grammes ou cent millilitres, indépendamment des quantités réellement consommées : cent grammes d'huile et cent grammes de yaourt ne correspondent à aucune réalité comparable dans une assiette. La seconde tient aux grilles elles-mêmes, puisque les boissons et les matières grasses relèvent de barèmes distincts. Pour les matières grasses ajoutées, l'algorithme regarde le rapport entre acides gras saturés et lipides totaux plutôt que la valeur absolue, ce qui explique qu'une huile très calorique ne soit pas pénalisée comme le serait un produit solide de même densité énergétique. Le Nutri-Score est conçu pour choisir entre deux biscuits, pas entre un biscuit et une huile.
Pourquoi seule l'eau peut-elle obtenir un A ?
Parce que les boissons relèvent d'une grille entièrement distincte, nettement plus sévère sur les sucres. Le principe du calcul ne change pas, mais les valeurs de conversion en lettres diffèrent, si bien qu'une même teneur en sucres pèse beaucoup plus lourd sous forme liquide que solide. La justification avancée tient au comportement métabolique des calories liquides, moins rassasiantes que leurs équivalents solides selon les données disponibles. La conséquence est nette : seule l'eau, et plus largement les boissons sans sucre ni édulcorant, peut prétendre à la lettre A. Un jus cent pour cent pur jus plafonne généralement au C, malgré l'absence de sucre ajouté, et les sodas sucrés se classent systématiquement en E. Depuis la révision, les boissons lactées et les boissons végétales sont soumises à cette même grille.
Que ne dit pas le Nutri-Score ?
Beaucoup de choses, et les connaître évite de lui faire dire ce qu'il ne prétend pas. Il ne mesure pas le degré de transformation d'un produit : un aliment très transformé peut obtenir une bonne lettre si sa composition nutritionnelle est favorable. Il ne dit rien des additifs, des arômes, des résidus de pesticides ni du mode de production, biologique ou non. Il ignore la portion réellement consommée, puisqu'il se calcule toujours pour cent grammes. Il ne signale pas les allergènes, qui relèvent d'une mention distincte et obligatoire. Enfin, il reste volontaire : le droit européen empêche un État membre de l'imposer, si bien qu'un produit peut très bien ne pas l'afficher — une absence qui constitue en soi une information, sans qu'on puisse en déduire mécaniquement une mauvaise note.