Pourquoi la référence de 15 µg suppose-t-elle une synthèse cutanée nulle ?
Parce qu'aucune autorité ne peut prévoir combien de soleil vous prendrez, et que la référence doit couvrir tout le monde. La valeur retenue en France, quinze microgrammes par jour chez l'adulte, est définie sous l'hypothèse explicite d'une production par la peau considérée comme nulle. Ce n'est pas une erreur mais un choix de prudence : l'exposition dépend de la saison, de la latitude, du mode de vie, du phototype et de la surface de peau découverte, autant de variables qu'une référence de population ne peut pas intégrer. La conséquence pratique mérite d'être comprise dans les deux sens. En plein été, une personne qui sort régulièrement dépasse largement ce que l'alimentation lui apporte, et la référence surestime alors son besoin alimentaire. En hiver, à l'inverse, cette hypothèse de synthèse nulle devient la description exacte de la réalité française.
Combien de mois par an la peau ne fabrique-t-elle rien en France ?
De quatre à six mois selon la latitude, et la France métropolitaine se situe entièrement dans la zone concernée. Le mécanisme est purement géométrique : quand le soleil est bas sur l'horizon, ses rayons traversent une épaisseur d'atmosphère plus grande, l'ozone absorbe les ultraviolets B, et la réaction qui transforme un dérivé du cholestérol en vitamine D dans la peau ne se déclenche plus. Les travaux fondateurs sur la question ont montré qu'à quarante-deux degrés de latitude nord, aucune production n'était mesurable de novembre à février, et qu'à cinquante-deux degrés cette période s'étendait d'octobre à mars. La France s'étend de quarante-deux à cinquante et un degrés, si bien qu'aucune de ses régions métropolitaines n'échappe au phénomène. Les départements d'outre-mer, situés bien plus près de l'équateur, sont dans une situation différente.
Le soleil derrière une vitre compte-t-il ?
Non, et c'est l'une des méprises les plus répandues. Le verre ordinaire laisse passer la lumière visible et la chaleur mais bloque les ultraviolets B, précisément ceux qui déclenchent la synthèse. Une place au soleil derrière une fenêtre, dans une voiture ou une véranda ne produit donc rien, aussi agréable soit-elle. D'autres facteurs réduisent l'efficacité sans l'annuler : une couverture nuageuse dense retient environ la moitié des ultraviolets B, le brouillard ou la pollution davantage encore, et une crème solaire appliquée correctement diminue fortement la synthèse, ce qui ne constitue jamais une raison de s'en passer. L'âge compte également, la capacité de la peau à produire de la vitamine D diminuant nettement au fil des décennies, ce qui explique l'attention particulière portée aux personnes âgées.
Faut-il se supplémenter, et à quelle dose ?
Cette page ne répond pas à cette question, et c'est délibéré. La vitamine D est liposoluble, donc stockée par l'organisme, ce qui la distingue des vitamines éliminées dans les urines : un apport excessif prolongé peut provoquer une élévation du calcium sanguin aux conséquences sérieuses. La marge entre un apport utile et un apport problématique existe, mais elle ne se règle pas d'après une page web. S'ajoute que la décision dépend de l'âge, de la saison, du poids, de traitements en cours, de la fonction rénale et d'antécédents éventuels de lithiase. Les chiffres qui circulent en unités internationales prêtent en outre à confusion, un microgramme valant quarante unités. La conversation utile se tient avec un médecin ou un pharmacien, qui disposent du contexte que cette page n'aura jamais.
L'alimentation seule peut-elle couvrir la référence ?
Difficilement, parce que très peu d'aliments en contiennent de manière significative. La liste est courte : les poissons gras, foie de morue en tête, puis hareng, maquereau, sardine et saumon, ainsi que le jaune d'œuf, certains abats et les champignons ayant été exposés aux ultraviolets. Quelques produits enrichis s'y ajoutent, notamment des laits et des margarines, dont la teneur figure sur l'étiquette. En dehors de ces catégories, l'apport est négligeable, ce qui explique que les enquêtes françaises retrouvent une insuffisance d'apport chez plus de sept adultes sur dix. Le constat n'est pas une invitation à modifier son alimentation de sa propre initiative, mais il explique pourquoi la question de la vitamine D revient si souvent en consultation entre l'automne et le printemps.