Qu'est-ce exactement que la dette de sommeil ?
C'est un écart mesuré par rapport à vous-même, et non par rapport à une norme de population. La définition retenue par Santé publique France dans son baromètre de deux mille dix-sept est précise : il y a dette lorsque la différence entre votre temps de sommeil idéal, celui dont vous estimez avoir besoin, et votre temps de sommeil réel en semaine dépasse soixante minutes. Au-delà de quatre-vingt-dix minutes, la dette est qualifiée de sévère. Cette construction a une conséquence que l'on manque souvent : quelqu'un qui dort sept heures et quart alors qu'il en aurait besoin de huit heures et demie est en dette, bien qu'il respecte la recommandation générale de sept à neuf heures. Le seuil est strict, d'ailleurs : un écart de soixante minutes tout juste ne suffit pas, il faut le dépasser. À l'inverse, une personne dont le besoin réel est de six heures et demie et qui dort six heures et demie n'a aucune dette, même si elle se situe sous cette recommandation.
Dette ou restriction : quelle est la différence ?
Les deux indicateurs regardent des choses distinctes, et on peut présenter l'un sans l'autre. La dette compare votre besoin ressenti à votre sommeil de semaine. La restriction, elle, compare vos jours de travail à vos jours de repos : elle est retenue lorsque vous dormez une à deux heures de plus les jours de repos, et qualifiée de sévère au-delà de deux heures. Autrement dit, la dette décrit un manque, la restriction décrit un décalage entre deux régimes de vie. Une personne qui dort la même durée toute la semaine peut être en dette sans être en restriction. Une autre qui compense largement le week-end sera en restriction, ce qui signale que la semaine ne suffit pas — même si le total sur sept jours paraît correct.
Que montrent les chiffres du baromètre 2017 ?
Assez bas, et la bascule de deux mille dix-sept a marqué les esprits. Le module sommeil du baromètre, posé à plus de douze mille personnes de dix-huit à soixante-quinze ans, a mesuré un temps de sommeil total moyen de six heures quarante-deux par vingt-quatre heures en semaine, contre sept heures vingt-six les jours de repos. C'était la première fois que la moyenne passait sous les sept heures. Dans le détail, environ trente-six pour cent des adultes sont des courts dormeurs, dormant six heures ou moins par vingt-quatre heures. Près de vingt-huit pour cent se trouvent en dette de sommeil, dont un peu moins de dix-neuf pour cent en dette sévère. Enfin, dix-sept pour cent sont en situation de restriction, la plupart sous une forme sévère. Un point d'actualisation s'impose : l'édition deux mille vingt-quatre du baromètre, publiée fin deux mille vingt-cinq, rapporte sept heures trente-deux par vingt-quatre heures et vingt et un et demi pour cent de courts dormeurs. Cet écart considérable tient d'abord à la méthode, l'édition de deux mille dix-sept retranchant le délai d'endormissement et les éveils nocturnes, ce que la suivante ne fait pas.
Peut-on rattraper sa dette le week-end ?
En partie seulement, et cette compensation partielle est justement ce que mesure l'indicateur de restriction. Les données françaises montrent que les jours de repos apportent environ quarante-cinq minutes de sommeil supplémentaires en moyenne, ce qui ne comble pas un déficit accumulé sur cinq jours. Les auteurs du baromètre relèvent que cette capacité à récupérer constitue un élément positif, mais elle ne remplace pas des nuits suffisantes en semaine. Un point mérite d'être signalé : une régularité stricte des horaires de lever, que quatre-vingt-trois pour cent des Français déclarent maintenir, favorise la qualité du sommeil mais peut aussi, selon la présidente de l'Institut national du sommeil et de la vigilance, empêcher une récupération suffisante lorsque la semaine a été trop courte.
Dormir moins de six heures, est-ce préoccupant ?
C'est le seuil que les enquêtes françaises retiennent pour parler de sommeil court, et les associations documentées sont nombreuses. En dessous de six heures par vingt-quatre heures, les travaux rapportent une augmentation du risque d'obésité, de diabète de type deux, d'hypertension, d'accident vasculaire cérébral et d'accidents de la route. Il s'agit d'associations observées à l'échelle de populations, ce qui ne permet pas de prédire une trajectoire individuelle. Un point de prudence dans l'autre sens mérite aussi d'être connu : dormir plus de neuf à dix heures est parfois présenté comme un facteur de risque, mais l'hypothèse la plus retenue est que ce sont des maladies chroniques préexistantes qui allongent le temps passé au lit, et non l'inverse.