Comment mesure-t-on un chronotype ?
Par un horaire, et non par un score de personnalité. Le marqueur utilisé en chronobiologie est le milieu du sommeil des jours libres : si vous vous endormez à minuit et vous réveillez à huit heures, le milieu tombe à quatre heures. Ce point situe votre horloge par rapport à l'heure locale. Une correction s'y ajoute, car les jours libres servent souvent à rattraper la semaine, ce qui décale artificiellement ce milieu vers le tard. On retranche donc la moitié de l'excès de sommeil des jours libres par rapport à la moyenne hebdomadaire. Le résultat, appelé milieu de sommeil corrigé, est celui que retiennent les travaux de chronobiologie. Il ne s'agit pas d'un test de préférences mais d'un calcul appliqué à vos horaires déclarés.
Pourquoi le réveil du week-end invalide-t-il le résultat ?
Parce que le calcul mesure l'heure à laquelle votre horloge vous réveillerait, et qu'un réveil mécanique répond à cette question à votre place. C'est une condition de validité, pas un détail : les travaux fondateurs excluent explicitement de leurs analyses les personnes qui utilisent un réveil les jours libres, ou qui sont réveillées par un enfant ou un animal. Si votre lever du week-end est contraint, le milieu de sommeil calculé décrit vos obligations, pas votre horloge. Dans ce cas, le résultat garde une valeur descriptive — il dit quand vous dormez — mais il ne dit plus rien de votre chronotype. C'est probablement la limite la plus souvent ignorée des tests de chronotype disponibles en ligne.
Qu'est-ce que le jetlag social ?
C'est l'écart entre le milieu de votre sommeil les jours travaillés et le milieu de votre sommeil les jours libres. Le terme a été proposé en deux mille six par Wittmann et ses collègues, et il repose sur une analogie précise : décaler ses horaires de sommeil de deux heures entre la semaine et le week-end revient, pour l'horloge biologique, à traverser deux fuseaux horaires — chaque semaine, dans un sens puis dans l'autre. À la différence d'un vrai voyage, aucun changement de lumière ambiante n'accompagne ce décalage, ce qui rend la réadaptation plus laborieuse. Ce marqueur a été associé dans plusieurs travaux à des indicateurs métaboliques, mais il s'agit d'associations observées à l'échelle de populations, dont on ne peut pas déduire de trajectoire individuelle.
Les catégories matinal, intermédiaire et vespéral sont-elles de vraies frontières ?
Non, ce sont des conventions posées sur une distribution continue. Le milieu de sommeil se répartit dans la population selon une courbe régulière, sans creux ni rupture qui sépareraient naturellement des groupes. Les seuils que l'on rencontre correspondent le plus souvent aux quartiles d'un échantillon particulier, et changent donc d'une étude à l'autre. L'auteur principal de la méthode a d'ailleurs publié en deux mille dix-neuf une revue explicitement autocritique de son propre outil, pour corriger un certain nombre de malentendus dont celui-ci. Une personne située juste au-dessus d'un seuil et une autre juste en dessous ont des horloges quasiment identiques, même si une étiquette différente leur est attribuée. La position sur le continuum est informative ; l'étiquette l'est beaucoup moins.
Le chronotype change-t-il avec le temps ?
Oui, et l'âge en est le déterminant le plus puissant — plus que le sexe, plus que les habitudes. Le milieu de sommeil se décale progressivement vers le tard pendant l'enfance et l'adolescence, atteint son maximum de tardiveté autour de la fin de l'adolescence, puis revient lentement vers le matin tout au long de la vie adulte. C'est ce qui explique que les adolescents apparaissent systématiquement comme les plus tardifs dans toutes les enquêtes, et les personnes âgées comme les plus matinales. Ce mouvement est biologique et non comportemental, ce qui a une conséquence pratique : reprocher à un adolescent de se coucher tard revient en partie à lui reprocher son âge. Une part génétique intervient également dans les différences entre lève-tôt et couche-tard.