D'où vient le seuil de quarante-neuf heures ?
D'une multiplication simple, et il vaut mieux savoir laquelle. La recommandation de référence, établie par l'Académie américaine de médecine du sommeil en deux mille quinze et reprise en France, situe le besoin d'un adulte entre sept et neuf heures par nuit. Appliquer la borne basse à chacun des sept jours donne quarante-neuf heures, un repère utilisé pour évaluer une dette chronique à partir d'un agenda de sommeil chez l'adulte de vingt-cinq à soixante-quinze ans. Deux précisions changent la lecture de ce chiffre. C'est un plancher et non un objectif : il correspond au minimum de la fourchette, pas à son milieu. Et c'est une somme, ce qui le rend indifférent à la manière dont elle est atteinte — c'est précisément sa principale faiblesse.
Un total hebdomadaire suffisant garantit-il un bon sommeil ?
Non, et l'exemple qui le montre est frappant. Prenons une semaine faite de cinq nuits de six heures suivies de deux nuits de neuf heures et demie : le total atteint exactement quarante-neuf heures, le seuil est donc respecté. Pourtant cette semaine comporte cinq nuits sous le seuil de sommeil court, un écart de trois heures et demie entre la nuit la plus courte et la plus longue, et un déficit qui atteint cinq heures au cinquième jour avant d'être comblé. Une semaine de sept nuits de sept heures donne le même total sans aucune de ces caractéristiques. Le total hebdomadaire est donc l'indicateur le plus grossier des trois utilisés en France : il ne voit ni les nuits trop courtes, ni l'irrégularité, ni le moment où le déficit culmine.
Combien manque-t-il aux Français sur une semaine ?
La réponse dépend de ce qu'on compte, et elle est plus nuancée qu'on ne l'attend. L'enquête nationale de mars deux mille vingt-six mesure six heures cinquante en semaine, soit quatorze minutes de moins que l'année précédente. Sept nuits à ce rythme donneraient quarante-sept heures cinquante, un déficit d'une heure dix par semaine, soit environ soixante et une heures par an — l'équivalent de deux jours et demi de sommeil. Mais les Français dorment davantage les jours de repos, avec un décalage d'environ une heure, si bien que le total hebdomadaire moyen franchit tout juste le seuil. C'est un constat en trompe-l'œil : la moyenne passe, alors qu'un quart de la population dort moins de six heures par nuit en semaine et que quatre personnes sur dix déclarent des troubles du sommeil.
Pourquoi la régularité peut-elle nuire à la récupération ?
Parce que deux bonnes pratiques entrent ici en concurrence, et l'enquête française de deux mille vingt-six le formule explicitement. Se lever à heure fixe stabilise l'horloge biologique et améliore la qualité du sommeil : c'est une recommandation solide, et quatre-vingt-trois pour cent des Français déclarent maintenir des horaires de lever toujours ou souvent identiques. Mais lorsque la semaine a été trop courte, cette régularité empêche mécaniquement le rattrapage, puisqu'elle interdit de dormir plus longtemps le matin. La présidente de l'Institut national du sommeil et de la vigilance relève que cette stabilité se fait parfois au détriment d'une récupération suffisante. Il ne s'agit pas de renoncer à la régularité, mais de reconnaître qu'elle ne compense pas des nuits insuffisantes : elle les rend seulement plus visibles.
Pourquoi les chiffres français ne concordent-ils pas toujours ?
Parce que deux sources majeures mesurent des choses légèrement différentes, et les confondre fausse les comparaisons. Le baromètre de Santé publique France de deux mille dix-sept rapporte six heures quarante-deux, mais il s'agit du sommeil total par vingt-quatre heures, siestes comprises, recueilli par agenda auprès de plus de douze mille personnes de dix-huit à soixante-quinze ans. L'enquête annuelle de l'Institut national du sommeil et de la vigilance de deux mille vingt-six rapporte six heures cinquante, mais il s'agit du sommeil nocturne déclaré, auprès d'un millier de personnes de dix-huit à soixante-cinq ans. Un troisième chiffre s'y ajoute depuis peu : l'édition deux mille vingt-quatre du baromètre, parue fin deux mille vingt-cinq, annonce sept heures trente-deux par vingt-quatre heures chez les dix-huit à soixante-dix-neuf ans. Cinquante minutes de plus qu'en deux mille dix-sept, ce qu'aucune évolution des habitudes n'expliquerait : la différence vient de ce que l'édition antérieure calculait un temps de sommeil réel en retranchant l'endormissement et les éveils, là où la suivante retient une durée déclarée. Années différentes, méthodes différentes, tranches d'âge différentes : ces chiffres décrivent la même réalité sans être superposables, et aucun n'est plus juste que les autres.