Que dit exactement l'expertise de l'Anses ?
Elle distingue trois niveaux de preuve, et cette gradation est ce qui compte le plus dans le rapport. Sont considérés comme avérés les troubles du sommeil et les troubles métaboliques : la démonstration y est solide. Sont considérés comme probables les effets sur le cancer, la santé psychique, les performances cognitives, l'obésité et la prise de poids, le diabète de type deux, ainsi que les maladies coronariennes. Sont considérés comme possibles les effets sur les dyslipidémies, l'hypertension artérielle et les accidents vasculaires cérébraux ischémiques. Ces trois échelons ne se valent pas et ne devraient pas être présentés ensemble comme un bloc. Un effet possible signale une piste que la recherche n'a pas tranchée ; un effet avéré décrit un fait établi.
Pourquoi le travail de nuit est-il classé cancérogène probable ?
Le Centre international de recherche sur le cancer a classé en deux mille sept le travail posté entraînant une perturbation des rythmes circadiens dans le groupe deux A, celui des agents probablement cancérogènes pour l'homme, et a confirmé cette classification lors d'une réévaluation ultérieure. L'expertise de l'Anses aboutit à la même conclusion d'effet probable et mentionne en particulier des éléments en faveur d'un excès de risque de cancer du sein, qui serait lié aux perturbations des cycles biologiques. Deux précisions s'imposent pour lire ce classement correctement. Le groupe deux A qualifie le niveau de preuve, non l'ampleur du risque : il indique que le lien est solidement suspecté sans être définitivement établi. Et cette évaluation porte sur des populations exposées, pas sur une trajectoire individuelle.
Que prévoit le cadre français ?
Le code du travail définit le travail de nuit comme celui accompli entre vingt et une heures et six heures, et cette qualification ouvre des droits spécifiques, dont un suivi médical particulier. La Haute Autorité de santé a publié en deux mille douze des recommandations de bonne pratique consacrées à la surveillance médicale des travailleurs postés ou de nuit, qui encadrent ce suivi. L'Anses, dans ses conclusions, considère que le recours au travail de nuit peut se justifier lorsqu'il s'agit d'assurer des services d'utilité sociale ou la continuité de l'activité économique — mais elle recommande d'en limiter le recours, de mieux l'encadrer et d'optimiser son organisation. Elle demande également que les coûts sociaux associés soient évalués au regard des bénéfices attendus, ce qui reste largement à faire.
Les accidents sont-ils plus fréquents la nuit ?
Oui, et sur deux dimensions à la fois. Les travaux repris par l'expertise montrent que la fréquence des accidents survenant lors du travail posté incluant la nuit est généralement augmentée, mais aussi leur gravité. Ce point est souvent négligé au profit des effets à long terme, alors qu'il concerne un risque immédiat. Il s'explique par la conjonction de deux mécanismes : la vigilance connaît un creux physiologique en fin de nuit, indépendamment de la quantité de sommeil, et la dette accumulée par un sommeil de jour souvent plus court et plus fragmenté vient s'y ajouter. Les enquêtes sur les conditions de travail relèvent par ailleurs que les postes de nuit cumulent fréquemment d'autres facteurs de pénibilité physique.
Que faire quand on ne peut pas arrêter ?
La première réponse n'est pas individuelle. L'Anses adresse ses recommandations à l'organisation du travail, pas aux travailleurs : limiter le recours, mieux encadrer, optimiser les modes d'organisation. Les leviers les plus efficaces relèvent donc de l'employeur et du dialogue social, non de l'hygiène de vie de chacun. Ce qui relève en revanche de l'individu est l'accès au suivi médical prévu pour cette situation. Le médecin du travail dispose d'un cadre de bonne pratique publié par la Haute Autorité de santé, et il est le mieux placé pour repérer précocement ce que le rapport décrit comme avéré — troubles du sommeil et troubles métaboliques. C'est une consultation à laquelle le statut de travailleur de nuit donne droit, et non une faveur à demander.