Pourquoi existe-t-il six formules pour un seul calcul ?
Parce qu'aucune ne décrit une loi physique : ce sont des ajustements de courbe, établis sur des échantillons différents et des exercices différents. Certaines sont linéaires, comme celles d'Epley ou d'O'Conner, d'autres reposent sur un rapport, comme celles de Brzycki ou de Lander, une autre encore emploie une puissance ou une exponentielle. Elles ont été calées pour bien fonctionner dans une plage précise de répétitions, et rien ne garantit leur comportement en dehors. La conséquence est mesurable : sur une même série, l'écart entre la plus haute et la plus basse vaut environ cinq kilos à cinq répétitions, mais dépasse soixante-quinze kilos à vingt — c'est-à-dire près de la moitié de la charge estimée.
À partir de combien de répétitions l'estimation devient-elle inutilisable ?
L'écart entre formules reste modeste jusqu'à une dizaine de répétitions, puis s'emballe. Sur une charge de cent kilos, il vaut environ trois kilos à une répétition, cinq à cinq, dix à dix, seize à douze, trente-trois à quinze et soixante-dix-sept à vingt. Une série longue est donc un mauvais point de départ, quelle que soit la formule retenue. Le cas de Brzycki illustre le problème de manière spectaculaire : son dénominateur s'annule à trente-sept répétitions, si bien que la formule renvoie trois mille sept cents kilos à trente-six répétitions pour une charge de cent. Ce n'est pas une erreur de calcul mais la limite d'un ajustement utilisé hors de son domaine.
Brzycki ou Epley ?
Les deux, si votre série fait dix répétitions — elles se croisent exactement à cet endroit. À dix répétitions, l'écart entre elles est de quelques dizaines de grammes sur une charge de cent kilos, autrement dit nul en pratique. En dessous de dix, Epley donne la valeur la plus haute ; au-dessus, c'est Brzycki qui prend le dessus, et l'écart grandit vite : quatre kilos à douze répétitions, quatorze à quinze, quarante-cinq à vingt. Ce croisement à dix n'est pas une coïncidence utile mais une propriété algébrique de deux courbes qui se rencontrent, et il explique pourquoi les deux formules ont si longtemps coexisté sans que personne tranche : dans la zone où on les emploie le plus, elles disent la même chose.
Faut-il tester son vrai maximum ?
Non, et l'estimation existe précisément pour ne pas avoir à le faire. Un test à charge maximale combine deux facteurs de risque : une charge que l'on n'a jamais soulevée et une technique qui se dégrade quand l'effort devient extrême. Le risque concerne d'abord les personnes peu expérimentées, celles qui reprennent après une interruption, et tous les mouvements où la charge se trouve au-dessus du corps ou en appui sur le rachis. Une série de trois à dix répétitions menée avec une marge de sécurité, sur un mouvement maîtrisé et si possible avec une parade, donne une estimation suffisante pour programmer un entraînement — et c'est là son seul usage.
L'estimation vaut-elle pour tous les exercices ?
Non, et c'est une limite rarement mentionnée. La relation entre le pourcentage de la charge maximale et le nombre de répétitions possibles n'est pas la même selon les mouvements : les exercices sollicitant de grandes masses musculaires du bas du corps permettent généralement davantage de répétitions à un pourcentage donné que les mouvements du haut du corps. Une même formule appliquée à un squat et à un développé couché ne se trompe donc pas de la même manière. À cela s'ajoutent l'expérience de la personne, la vitesse d'exécution et l'amplitude réelle du mouvement. L'estimation garde sa valeur pour se suivre soi-même sur un exercice donné, beaucoup moins pour comparer deux exercices ou deux personnes.