Comment passe-t-on de l'allure à la vitesse ?
Les deux expriment la même chose à l'envers l'une de l'autre : l'allure compte le temps par kilomètre, la vitesse compte les kilomètres par heure. Passer de l'une à l'autre revient à diviser trois mille six cents par la valeur, puisqu'une heure contient trois mille six cents secondes. Douze kilomètres-heure donnent ainsi trois cents secondes au kilomètre, soit cinq minutes ; quatorze kilomètres-heure donnent environ quatre minutes et dix-sept secondes. Une conséquence utile en découle : les deux échelles ne progressent pas au même rythme. Gagner un kilomètre-heure représente une amélioration bien plus grande quand on court à dix qu'à seize, alors qu'en allure l'écart paraît comparable. C'est une des raisons pour lesquelles les coureurs raisonnent en allure et les physiologistes en vitesse.
Comment fonctionne la formule de Riegel ?
Elle part du principe que le temps augmente un peu plus vite que la distance, et quantifie ce « un peu plus » par un exposant. Le temps sur la nouvelle distance vaut le temps connu multiplié par le rapport des distances élevé à la puissance un virgule zéro six. Si l'exposant valait exactement un, la vitesse ne baisserait jamais avec la distance, ce qui n'existe pas. La valeur d'un virgule zéro six est une moyenne de population, établie sur des résultats de courses, et non une constante physique. Elle décrit donc un coureur moyen, ce que personne n'est exactement : selon que votre endurance est meilleure ou moins bonne que la moyenne, votre exposant réel se situe en dessous ou au-dessus.
Pourquoi la prédiction du marathon est-elle la plus fragile ?
Parce que l'exposant est élevé à une puissance d'autant plus grande que l'extrapolation est longue, et que le marathon en est l'exemple extrême. À partir d'un dix kilomètres, faire varier l'exposant entre un virgule zéro deux et un virgule quatorze déplace la prédiction de moins de deux minutes sur cinq kilomètres, de neuf minutes sur semi-marathon, et de près de trente-sept minutes sur marathon. Autrement dit, la même incertitude sur un paramètre produit un écart vingt fois plus grand selon la distance visée. Prédire vers une distance plus courte que celle que l'on a courue est solide ; prédire vers une distance beaucoup plus longue l'est nettement moins, et le marathon se situe au bout de cette chaîne.
Que signifie un exposant personnel différent ?
Il décrit la vitesse à laquelle vous ralentissez quand la distance s'allonge, ce que les entraîneurs français appellent souvent l'indice d'endurance. Un exposant inférieur à un virgule zéro six signifie que vous conservez mieux votre vitesse que la moyenne sur les longues distances ; un exposant supérieur signifie l'inverse. Cette qualité se travaille, ce qui a une conséquence directe : votre exposant d'il y a deux ans n'est pas nécessairement celui d'aujourd'hui. La manière la plus fiable de l'estimer consiste à comparer deux performances réelles sur deux distances différentes et récentes, plutôt qu'à retenir la valeur moyenne — c'est précisément ce que la valeur moyenne ne peut pas capturer.
Que la formule ne voit-elle pas ?
Beaucoup de ce qui décide d'un marathon. Elle ignore l'alimentation pendant la course, la gestion des réserves de glycogène et le mur qui en découle, les dommages musculaires accumulés sur la durée, la chaleur, le vent, le dénivelé et l'état d'entraînement spécifique à la distance. C'est pourquoi les prédictions issues de courses courtes se révèlent souvent optimistes sur marathon : le temps réel est fréquemment plus long que le temps annoncé, non parce que le calcul est faux mais parce qu'il porte sur autre chose. Une prédiction reste utile pour choisir une allure de départ raisonnable ; elle ne remplace ni une préparation spécifique, ni un premier marathon couru prudemment.