Un cycle de sommeil dure-t-il vraiment quatre-vingt-dix minutes ?
Quatre-vingt-dix minutes est une moyenne, pas une durée. Le dossier de l'Inserm consacré au sommeil décrit une succession de trois à six cycles de soixante à cent vingt minutes chacun. La fourchette est donc du simple au double, ce que le chiffre rond de quatre-vingt-dix fait complètement disparaître. D'autres sources retiennent des plages un peu plus étroites, de soixante-dix à cent vingt ou de quatre-vingts à cent vingt minutes, sans jamais descendre à une valeur unique. Cette variabilité joue entre les individus, mais aussi chez une même personne d'une nuit à l'autre et même au sein d'une seule nuit. Le premier cycle est d'ailleurs généralement le plus court. Retenir quatre-vingt-dix minutes comme une constante revient donc à traiter une moyenne comme une mesure.
Pourquoi l'erreur grandit-elle à chaque cycle ?
Parce qu'elle se multiplie au lieu de s'ajouter, et c'est ce qui ruine le calcul. Si un cycle dure entre soixante et cent vingt minutes, la fin du premier cycle se situe quelque part dans une fenêtre d'une heure. À la fin du deuxième, cette fenêtre atteint deux heures. Au cinquième cycle, celui qui correspond à peu près à une nuit complète, elle couvre cinq heures entières : la fin du cinquième cycle peut tomber cinq heures après l'endormissement, ou dix. Même en retenant la fourchette la plus étroite que l'on rencontre, de quatre-vingts à cent vingt minutes, l'écart au cinquième cycle dépasse encore trois heures. Aucune heure de coucher ne peut être calculée avec une telle incertitude.
Les cycles se ressemblent-ils au cours d'une même nuit ?
Non, et c'est une deuxième raison pour laquelle un multiple fixe ne peut pas décrire la nuit. L'Inserm précise que si les cycles successifs suivent la même structure, la proportion de leurs phases change considérablement : les premiers cycles sont essentiellement constitués de sommeil lent profond, tandis que la fin de nuit fait la part belle au sommeil lent léger et au sommeil paradoxal. La durée du sommeil paradoxal augmente progressivement jusqu'à représenter environ un cinquième du sommeil total. Un cycle de début de nuit et un cycle de fin de nuit ne sont donc pas des unités interchangeables, ni par leur contenu ni par leur longueur. Multiplier une valeur unique par cinq revient à ignorer cette évolution.
Le conseil de se réveiller en fin de cycle est-il inutile ?
L'observation de départ est juste, c'est son application par le calcul qui ne tient pas. Il est exact qu'un réveil survenant en plein sommeil lent profond laisse une sensation d'engourdissement, appelée inertie du sommeil, plus marquée qu'un réveil en sommeil léger. Le problème est qu'aucun calcul mental ne permet de savoir où l'on en sera dans cinq heures, pour les raisons exposées plus haut. Ce que l'on peut faire en revanche est plus simple : des horaires réguliers finissent par caler la fin des cycles au même endroit, et un réveil qui laisse un peu de latitude vaut mieux qu'un réveil à la minute près. Autrement dit, la régularité fait le travail que l'arithmétique prétend faire.
Qu'est-ce qui compte davantage que l'alignement sur un cycle ?
La durée totale, et de très loin. Un exemple chiffré le montre : choisir six heures de sommeil parce que le compte tombe juste, plutôt que sept heures qui ne correspondent à aucun multiple, revient à sacrifier soixante minutes de sommeil pour un bénéfice hypothétique de quelques minutes d'inertie en moins. L'échange est mauvais dans les grandes largeurs. Viennent ensuite la régularité des horaires, qui stabilise l'horloge biologique, et la continuité du sommeil. L'alignement sur une fin de cycle arrive loin derrière ces trois éléments, et il n'est de toute façon pas calculable à l'avance. C'est une bonne nouvelle : les leviers qui comptent réellement sont aussi ceux sur lesquels on a prise.